Le bassin des évidences

Sommes-nous tous HP ? Comment bien ranger sa maison ? Faut-il suivre le rythme de l’enfant ? Qu’est-ce qui plaît aux femmes ? Autant de questions, des plus légères aux plus cruciales, qui se retrouvent sur le net, que nous lisons, partageons et commentons sur les réseaux sociaux. Parfois ils nous bouleversent, parfois ils nous agacent parce qu’ils ne font qu’aborder des évidences…

Comment s’en sortir face à ce flux d’infos ?

Il y a tant de conseils, souvent même contradictoires d’un article à l’autre, qui correspondent à notre réalité du moment et sur lesquels nous nous jetons dans l’espoir de trouver une solution pratique. Parmi ces listes, trucs et astuces bombardés sur la toile, choisir la direction qui nous convient est parfois difficile. Parmi les critères de choix, la source (site sur lequel on trouve l’article) et la légitimité de l’auteur sont en bonne position. Mais pas que… La sincérité nous touche aussi.  Oui, cette sensation d’authenticité qui se dégage de l’article ou du témoignage que nous lisons. Enfin, il me semble en tout cas : mais peut-être n’êtes-vous pas sensible à ces trois critères ? Je suis persuadée que la liste n’est pas exhaustive. Mais l’évidence est que d’une manière ou d’une autre : nous cliquons pour lire, gonflés d’espoir. On plonge, on se dit qu’on va se sentir dans son élément.

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L’évidence

Je vous avais parlé de cet article qui m’avait fait fondre en larmes… C’était sincère et troublant pour moi de me reconnaître dans le profil décrit. Cette émotion est d’autant plus étrange que la personne qui témoignait dans l’article semblait elle-même ressentir, en écrivant, les mêmes émotions que moi. Ce qui m’a étonnée aussi, après coup, c’est le nombre de personnes que nous étions à nous retrouver dans ce cas qui pourtant qualifiait un mode de pensée et de fonctionnement a priori atypique à l’échelle humaine. Nous sommes au final très nombreux à nous trouver atypiques. Et à en souffrir. Et à le revendiquer d’une manière ou d’une autre. Quel est donc ce phénomène qui relève l’exception et tourne à l’évidence partagée ? Oui, en toute logique cet article devrait parler de 3 personnes et voilà que nous sommes 30.000 à nous y reconnaître…

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Évidence contredite

Ce type d’articles a commencé à apparaître (vous savez : les suggestions d’articles FB, situés en-dessous de la vignette sur laquelle vous venez de cliquer), menant à d’autres liens expliquant sous différents points de vue cette exception. Et chacun de partager davantage, de noter ses impressions, voir même son QI, ses douleurs, son passé… “Bienvenue au club” est une manière de commenter ce type d’articles particulière (et pourtant assez commune). Comme la signature lapidaire de quelqu’un qui brandit ses chaînes.

Je ne (me) juge pas, je constate simplement chez nous (ceux qui ont suivi ce chemin comme moi) une manière de se signaler qui mêle pudeur, douleur, et satisfaction d’être reconnu.

Un autre phénomène peut suivre, qui est alors une difficulté de plus à surmonter : nous lisons un article sur le même thème qui préconise d’autres marches à suivre, radicalement opposées, avec les mêmes critères de sérieux dont nous avons besoin pour les lire avec attention.

Vous savez ? Quand on vous dit que les hommes qui regardent du porno sont plus respectueux des femmes et que les hommes qui regardent du porno ont tendance à être violents et sexistes ? (Si si, j’ai vu ces articles se suivre et tous deux mentionnaient des études de blouses blanches. Et tous deux ont été relayés, commentés…)

Avoir ses propres repères

Ce qui correspond à nos valeurs va nous aider à choisir une direction. Adopter un axe de réflexion qui soit en harmonie avec nos croyances sera plus facile. Peut-être aussi la lecture d’un article arrive au bon moment pour nous secouer et nous débarrasser de certitudes qui ne nous conviennent plus. Personnellement j’ai beaucoup de mal à débattre et j’ai beaucoup d’admiration pour ceux qui en sont capables sans donner de leçon et en ayant (à mes yeux) le vrai souci de chercher à voir ce qu’ils n’auraient pas vu. Débattre me semble nécessiter un intérêt à la remise en question, ou alors ce n’est pas débattre mais convaincre. (Ce qui peut être utile aussi, on s’entend).

Dans un article partagé sur les réseaux sociaux dont je lisais les commentaires, il était question du Président français et de son bilan. J’avoue que l’article en soi n’était pas passionnant (perdre du temps à scroller et cliquer sur n’importe quoi est le piège dans lequel on tombe facilement ces temps-ci, non ?), et mon temps, cette chose précieuse, a été passé à :

  • constater la vacuité de l’article
  • m’halluciner de voir le nombre de partages et de commentaires sur un article aussi inutile
  • m’énerver des évidences brassées autant dans les “pour” que dans les “contre” dans les commentaires
  • être blessée par la rage/méchanceté que certaines déversaient dans ces commentaires
  • soupirer du ton péremptoire utilisé pour convaincre alors que personne n’a rien demandé (haaa les avis non sollicités…)
  • constater la médiocrité de ceux qui se moquent d’un avis (non sollicité toujours) rédigé avec une faute d’orthographe, certes tout en me disant que quitte à faire la leçon, autant l’écrire sans faute
  • m’en vouloir d’avoir perdu 5 minutes de ma vie à être confrontée à un échantillon de réactions humaines qui m’attriste, m’agace, ne m’apprend rien de fondamental
  • voir des raccourcis que je juge honteux intellectuellement parlant
  • me demander si justement il ne faudrait pas que je rentre dans cette piscine humaine et me positionne parce que Qu’est-ce qui cloche chez moi à ne pas le faire quand tout le monde a l’air de le faire ?

Bref, une chose est au moins sûre : le monde de la technologie d’aujourd’hui sait comment me faire scroller et ne s’en prive pas.

Une amie me disait

Une amie me disait que je devrais d’abord écrire des articles sur des sujets évidents, faciles, simples. Cela me permettrait de gagner en audience. Ensuite je pourrais écrire sur des sujets qui me ressemblent davantage et toucheraient mathématiquement plus de monde. Oups… Vous vous souvenez de cet article ? Il voulait picoter mais pas aguicher 😉 Loin de moi l’idée que mes sujets de prédilection vont changer la face du monde. Mais mon souci est de travailler tout en proposant les contenus qui me touchent réellement. Au rythme qui est le mien. De la manière qui m’amuse. (Non : porter du noir n’est pas vulgaire à mes yeux.)

Mon embarras quand ça manque de finesse

Je suis bien embêtée de lire tant d’articles et d’interactions qui me font soupirer intérieurement d’impatience. Comme ces vidéos de 30 minutes dans lesquelles on vous explique comment lacer une chaussure alors que le thème est la course de haut niveau. Ces articles qui annoncent “La méthode pour que votre enfant range sa chambre” et explique que vous devez lui expliquer pourquoi c’est mieux de ranger sa chambre…  Et puis les empoignades sur l’intention ou l’intelligence que l’on attribue aux uns et aux autres (je ne m’exclus pas de ces préjugés), qui font qu’une discussion tourne en rond, où chaque phrase peut être entendue comme un masque (alors on “lit entre les lignes”) ou comme une preuve d’ignorance (parce qu’on n’a pas vu l’intérêt d’une nuance dans le langage)…

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On agace toujours

J’ai la chance de connaître des gens plus malins que moi. Plus sages, plus modestes. Ceux-là me laissent parler et sourient avec bienveillance. Ils posent des questions et peuvent concevoir d’autres réalités. Dans la plupart des moments de ma vie (et bien sûr dans mon travail) c’est l’idéal vers lequel je tends. Il m’arrive bien sûr d’être confrontée à d’autres fonctionnements, très différents.

Vous avez sûrement déjà vécu une situation dans laquelle vous êtes simplement poli, et soudain on dirait que votre interlocuteur interprète cela comme une invitation à vous traiter sans respect. Ou alors tout simplement vous avez des retenues sur un sujet, ou vous exprimez vos idées avec humilité, et votre interlocuteur en profite pour vous bombarder de grandes vérités comme si il était chargé de votre éducation. D’autres fois vous rencontrez un interlocuteur satisfait de lui-même, qui ne remet pas en question ses erreurs, et conclut qu’il a fait sa part sans chercher à aller plus loin. D’autres vont vous parler d’une manière autoritaire naturellement et seront étonnés que vous posiez une question, comme si leur opinion se devait automatiquement d’être prise pour argent comptant.

Faire preuve de politesse, de gentillesse, de retenue, c’est quelques fois ouvrir la porte à des comportements étonnants de la part de nos interlocuteurs. Les postulats de départ ne sont pas les mêmes, les rôles ne sont pas distribués de la même façon dans la tête de chacun, et ce qui en découle demande donc quelques fois de la patience pour éclaircir la situation.

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Faites le test : si vous demandez sur Facebook où trouver telle copie d’un livre d’un auteur controversé, je vous garantis ces réactions évidentes :

  • l’humour (allez, c’est sympa) de celui qui joue à vous critiquer
  • la leçon de morale de celui qui trouve inadmissible que vous vouliez le lire
  • la condescendance de celui qui pense que vous n’avez pas compris la démarche de l’auteur
  • la sollicitude non sollicitée de celui qui pense que vous devriez en lire un autre
  • le reproche de celui qui pense qu’il n’avait pas vu chez vous cette accointance inadmissible
  • la déception de celui qui pense que vous vous engagez dans un chemin si loin des valeurs que vous êtes censé défendre, compte tenu de votre amitié

Bref : bonne chance pour trouver le livre que vous cherchez.

En analyse transactionnelle on parle d’adulte

C’est difficile de rester sur les faits. On est bousculé de toutes parts par toutes les sensibilités des gens qui nous entourent. Et c’est normal : l’homme est animal social. Toute atypique que je puisse me croire… héhé… je suis sûre que nous sommes nombreux à ressentir ces contradictions face à des discours qui nous agacent, nous touchent, nous émeuvent, nous remettent en question (parfois de manière sympa, et parfois pas.) Quand cela n’arrive que sur un réseau social, la solution est simple : on ferme l’ordi ou l’appli, et on pense à autre chose.

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Si vous avez aussi la sensation que vous allez devoir nager

Si vous aussi parfois, vous avez l’impression d’être plongé de force dans le bassin des évidences, si vous avez aussi la sensation que vous allez devoir nager, ramer : vous justifier, expliquer, patienter, avant d’arriver au sujet que vous vouliez aborder, j’ai envie de vous dire ceci : Bienvenue au club ! Non. Je plaisante 😉 J’ai envie de vous dire : branchez-vous sur l’adulte (restez factuel) autant que possible, gardez votre objectif bien en tête, et cherchez pourquoi ça vous touche dans le silence de vos pensées ou avec quelqu’un qui peut vous y aider.

psy marche

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