Hiberner pour mieux rebondir

Les congés de fin d’année ont été trop courts, et les tristesses qui s’abattent sur nos murs Facebook ces derniers jours ne nous donnent pas l’envie de reprendre le travail avec un bon élan. On aimerait un flirt, on aimerait une vie sur Mars, n’importe quoi pour oublier l’affreux anniversaire du 7 janvier… Hiberner. Encore. Mais pour revenir à quoi ?

L’ours et le tigre

Si vous êtes, comme moi, pétris des images d’enfance, vous avez en tête un ours heureux qui se gratte le dos contre un arbre et un tigre bondissant joyeux et fier de lui, à la simple lecture de ce sous-titre. Ce serait déjà le signe que ce début de janvier n’a pas encore achevé de vous plomber le moral, et ce serait tant mieux.  Oui, parce que si votre cerveau se branche sur les images naïves et heureuses de votre enfance, c’est que tout n’est pas écrit pour 2016. Si en plus, vous commencez à sautiller ou à vous frotter les clavicules contre une porte, alors, ça serait même carrément un bon entraînement niveau 2 pour faire de cette nouvelle année l’année de la joie. Car comme le dit Amy Cuddy, vos gestes encouragent votre manière de voir la vie et vos capacités à la vivre pleinement.

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La rentrée difficile

Peut-être que depuis les premières courses de Noël, vous n’avez pas eu la sensation de vous poser vraiment. Peut-être que depuis que vous avez commencé à planifier les plaines de jeux et les visites familiales, vous n’avez même pas réalisé que vous aviez quelques jours de vacances, trop occupés à courir partout, jusqu’à ce lundi matin où le travail a repris.

Si on calcule les semaines qui séparent la perspective des vacances et aujourd’hui, ça chiffre… La magie de la nouvelle année n’a pas encore opéré. Vous n’avez pas encore eu le temps d’avoir des ambitions pour vous. Alors peut-être qu’une autre stratégie s’impose, avant de vous replonger dans l’idée que “les congés sont finis  – il faut revenir au boulot en forme, avec plein d’énergie et de bonnes résolutions”.

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Un client me dit

Lors d’une consultation de coaching, un client me dit qu’il est à bout. Il a porté de gros projets, et il est partagé entre l’envie de tout plaquer et celle de s’assurer que ces projets continueront sans lui. La perspective de ne rien faire le rend dingue. Le sentiment vous est familier ? Pourtant, c’est le même processus que celui de nos congés de fin d’année : on galope, puis on court, et enfin on termine avec un marathon. Quand tout ça est terminé, on poursuit avec un sprint qui devrait nous amener à la prochaine “pause”. Mais alors, c’est quand qu’on se repose ?

Mon client est un malin. Souvent plus malin que les autres, donc agacé quand on enfonce des portes ouvertes. On doit être efficace même quand on parle de repos forcé. Alors on travaille. On travaille le repos, et on le rend intelligent. C’est une manière de faire. On réfléchit et on envisage donc finalement au cours de la séance de le faire procrastiner utile.

Procrastiner utile ? Ça existe ?

On va dire que c’est possible. Il suffit pour cela de :

  • déterminer une période de temps libre (après la journée de travail, si on n’a pas d’autre possibilité)
  • se passer une musique, un podcast, une série, ou rien, en fond sonore : pour se donner l’illusion qu’on est occupé à du temps libre
  • laisser son esprit vagabonder, se décrocher de tout, et laisser filer un moment.

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Bien sûr, certains ne savent pas se vider l’esprit si un fond sonore emplit l’espace : alors, c’est simple : restez dans le silence.

Jusque là, rien d’utile, me direz-vous. Alors je continue la liste des choses à faire :

  • tandis que votre esprit se promène et que des images vous viennent, tentez de ressentir ce qui se passe dans votre corps (votre souffle ralentit ? vous avez des tensions dans le ventre ? aux épaules ?)
  • fermez les yeux et rêvez : un coup de baguette magique vous envoie l’image d’un Vous Meilleur : comment occupe-t-il ses journées ? quelles sont ses habitudes le matin, le soir ? que vit-il que vous ne vivez pas ? Prenez le temps de rêver à cette personne, et de bien la cerner.
  • refaites un tour de votre corps : respirez-vous lentement ? les tensions demeurent-elles ?

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Le manque de confiance en soi

La chose que j’entends le plus souvent en consultation, c’est que le manque de confiance en soi serait à l’origine des problèmes que les gens rencontrent. Certains ne le formulent pas comme cela : ils parlent alors de fatigue, ou de doute sur ce qui leur est encore possible de vivre (selon leur âge, leur parcours).

Le sentiment d’être limité nous fait courir comme des hamsters dans une cage, plutôt que de nous arrêter.

Le manque de confiance en soi se frotte à l’incapacité d’hiberner vraiment.
Ne serait-ce qu’un jour, ou quelques heures, pour se reconnecter à nos sensations plutôt qu’à nos obligations et croyances.

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Les petits moments de procrastination utile peuvent certes être douloureux : on peut voir passer la version insécure ou faillible de nous-même. Mais dans ces moments-là, on peut le vivre pleinement et apprendre à cerner le problème. On peut s’entraîner à voir ce que l’on ferait sans cette sensation d’échec.

Hiberner pour rebondir, c’est un bon moyen d’organiser pratiquement nos pensées, et de rompre avec une course contre la montre noyé dans nos pensées négatives.

Faites-le, et pensez immédiatement à deux ou trois choses qui vous feraient du bien : cela peut être un détail ou un grand changement.

Les autres nous regardent

Parfois on a besoin d’aide pour faire le tri de nos pensées et aspirations. Parfois on sait le faire seul. Parfois on craint le regard de ceux qui nous entourent.

Évidemment, rester dans le canapé pendant trois heures, trois jours, ou trois semaines, quand on connaît des difficultés, ce n’est pas facile à expliquer à l’entourage. On est censé fournir un résultat ou brasser assez d’air pour en donner l’illusion. Mais si en votre for intérieur, vous décidez que l’hibernation n’est qu’une étape de transition vers quelque chose de bon pour vous, alors il vous sera plus facile de surmonter le regard des autres. L’idéal, pour vous renforcer dans votre démarche, est de planifier de petites échéances qui mêlent l’utile à l’obligatoire. Vous allez changer de rythme, et ce sera votre rythme de réflexion.

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  • Une heure à ne rien faire ? Demain, vous consacrez 5 minutes à ranger quelque chose qui améliore votre cadre de vie
  • Une demi-journée à ne rien faire ? La semaine prochaine, vous consacrez une heure à organiser votre alimentation ou vos prochaines vacances
  • Une semaine de congé maladie ? Dans un mois, vous aurez décidé d’une chose qui vous rendra la vie plus belle et déjà glané quelques informations pratiques.

Ce ne sont que de petits exemples, mais j’espère qu’ils vous donneront la sensation que le repos et l’activité se programment et peuvent se marier heureusement. J’espère surtout que vous aurez l’occasion d’hiberner tranquillement, le temps d’écouter ce que votre esprit encombré a à dire, et de ressentir ce que votre corps a envie de soulager.

Hiberner pour rebondir, et après ?

Après, a priori, vous aurez acquis au moins deux choses :

  1. La première, c’est que le temps peut avoir une autre couleur quand on change son rythme habituel. Une heure n’en vaut pas une autre. A vous de choisir la couleur que vous voulez le plus voir dans votre vie.
  2. La seconde, c’est la conviction que s’arrêter vraiment pour redémarrer ensuite est plus efficace que d’avancer avec des boulets aux chevilles.

Et puis, ne rien faire pour penser, c’est quand même faire quelque chose. Tant qu’on est sincèrement dédié au projet que l’on a pour soi-même, cette activité est pertinente, judicieuse. Essentielle.

Notes

Les magnifiques illustrations de cette page ont été créées par John Holcroft

Pour prendre le temps de vous reconnocter au moment présent et à vos sensations, consultez F-am

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