Plafond de verre

Plafond de verre, leaky pipeline… Des images pour exprimer des faits.

Vous savez certainement que les femmes n’atteignent pas, statistiquement, autant de succès que les hommes dans le travail. Au fur et à mesure que l’on monte dans la hiérarchie, tous secteurs confondus, on rencontre de moins en moins de femmes.

Le plafond de verre existe réellement et nous ne savons plus comment faire. Nous : hommes, et femmes. Nous tous. Les femmes cherchent à compléter toujours davantage leurs domaines d’action. Famille, relations amoureuses, travail, … Aucun territoire n’est censé rester en berne.

Peut-être sommes-nous complices, malgré nous. Complices de respecter des croyances qui s’accumulent plutôt qu’elles ne se remplacent. Je le dis tant que nous sommes entre nous, entre femmes. Jamais je ne le dirais devant un homme : je pense que nous sommes un peu responsables de cela.

Le plafond de verre, on l’a bien cherché ?

Parfois je rêve d’un générateur d’excuses légales ou médicales : on pourrait compléter de notre nom une fausse convocation chez le médecin et la brandir en disant “Je suis obligée de m’y rendre, je ne peux donc pas aller chercher notre enfant malade.” Je suis certaine que beaucoup de mamans resteraient en douce au boulot pour gravir les échelons, pendant que les papas survivraient à ce cas d’urgence. Si, ils survivraient. On ne chercherait pas à être le parent de l’urgence.

On porterait un badge, de 55 cm de diamètre, qui dit “Je mets ce que je veux” et qui nous aiderait à nous reconnaître entre femmes. Des sourires complices se créeraient, et on comprendrait “Je suis habillée comme un sac parce que j’ai la flemme” ou au contraire “J’ai décidé de m’habiller vulgaire pour essayer, mais j’ai du mal”. On aurait une foule de gens solidaires de nos efforts, prêts à soutenir la collègue qui décontenance les mal polis. On ne s’habillerait plus par convenance. On se baserait sur nos compétences.

On ne laisserait plus passer les manques de respect, les petites phrases condescendantes ou paternalistes. On ne se tairait pas de peur de pleurer, on arriverait à être en colère. On serait habité par un cowboy de 100 kg qui ne se demande pas si il a la légitimité d’être là. On en collerait une au premier qui nous les brise menu. On ne voudrait plus se laisser faire.

Notre faute, elle vient peut-être vraiment de cette accumulation d’injonctions que nous avons assimilées. On a oublié d’écrémer. On a du mal à sélectionner et à aller jusqu’au bout de notre pensée de manière logique.

Les hommes aussi

Eux aussi, pour la plupart, sont perdus. Nous sommes leurs égales et voulons qu’on nous tienne la porte. Vous ne l’avez jamais entendue celle-là ? Moi oui.

Moi quand on me donne des recettes pour bien préparer des légumes, je me retourne vers mon compagnon avec des yeux qui lancent des SOS. Et je calme tant bien que mal mon énervement quand le garagiste parle à mon compagnon de MA voiture. Ça vous arrive aussi des décalages comme ça ?

Je pense que mon compagnon aimerait que je cuisine davantage. Il aime l’idée d’une femme/amante/amie/indépendante :  un all-in, quoi. Moi aussi j’attends ça de lui. Un homme viril/créatif/sensible/amoureux/indépendant. Et qui cuisine. Le pauvre, ça doit pas être facile (je le dis sans ironie.)

Si je deviens le cowboy de 100 kg, alors, mon homme : il devient quoi ?

Au boulot, les Présidentes, Directrices, Responsables

Nous protégeons des parties de notre vie qui nous paraissent essentielles. C’est probablement la meilleure des raisons, de sacrifier une chose pour une autre : la conviction. Mais lorsque cette conviction est en fait nourrie par une croyance telle que :

  • Ma famille ne s’en sortira pas si je n’occupe pas le territoire domestique
  • Mon travail est moins important que celui de mon homme

Alors c’est probablement qu’il y a des parasites dans la réflexion.

Par ailleurs, si à votre boulot, vous sentez que vous n’êtes pas assez valorisée, demandez-vous si vous avez osé agir comme quelqu’un qui mérite de l’être. On a toutes connu des collègues incompétents/démotivés/crétins qui ne rencontraient aucun obstacle lorsqu’il s’agissait de bénéficier d’avantages ou de promotions, ou de reconnaissance. Si un crétin peut le faire : pourquoi pas vous ?

Il semblerait que les réponses les plus fréquentes à cette question soient :

  • le manque de confiance en soi
  • le permanent besoin de se perfectionner encore avant d’oser imaginer monter en grade
  • la gêne à se faire remarquer
  • la difficulté à passer devant quelqu’un d’autre, à jouer des coudes

Pourquoi je le dis tout bas ?

Je constate que nous sommes souvent pareilles : nous avons le souci de bien faire et même si nous avons un cerveau qui fonctionne, nous avons du mal à choisir nos priorités, et nous les accumulons donc à la place.

Bien sûr que non, je ne suis, vous n’êtes, nous ne sommes pas responsables du plafond de verre. Mais nous ne faisons peut-être pas assez attention aux milliers de choix quotidiens qui nous éloignent de notre vie professionnelle.

Demain, je mets mon jeans et mes bottes, je crache mon tabac par terre et je me demande comment Clint Eastwood gèrerait sa journée à ma place. On verra si il préférera passer 30 minutes à se maquiller, à boire un café tranquille, à jouer avec son enfant, à bosser le soir ou à chercher les raisons de la panne de l’auto.

Clint Eastwood il est comme moi : il n’a que 24 heures dans une journée, alors il doit choisir.

 

 

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